Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 00:49
STOÏCISME

Sois fort, tu seras libre ; accepte la souffrance
Qui grandit ton courage et l’épure ; sois roi
Du monde intérieur, et suis ta conscience,
Cet infaillible Dieu que chacun porte en soi.

Espères-tu que ceux qui, par leur providence,
Guident les sphères d’or, vont violer pour toi
L’ordre de l’univers ? Allons, souffre en silence,
Et tâche d’être un homme et d’accomplir ta loi.

Les grands dieux savent seuls si l’âme est immortelle ;
Mais le juste travaille à leur œuvre éternelle,
Fût-ce un jour, leur laissant le soin de l’avenir,

Sans rien leur envier, car lui, pour la justice
Il offre librement sa vie en sacrifice,
Tandis qu’un Dieu ne peut ni souffrir, ni mourir.
 
Louis Ménard, 1822-1901, Rêveries d’un païen mystique
Par almost-friendless-too - Publié dans : Vers du nez
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 12:36

Il n'aura pas échappé à mon lectorat que ce blog traverse un petit creux. Il faut dire que j'ai été, ces dernières semaines, très occupé. Occupation dont on pensera ce qu'on voudra, mais qui, personnellement, m'a fait le plus grand bien, tant elle tenait à la fois d'une forme assez réjouissante d'auto-maïeutique, de ré-engagement, de rajeunissement même. Maintenant, tout cela doit mûrir, et j'invite mes quelques lecteurs potentiellement intéressés à jeter un oeil sur ce blog parallèle.

 

Almost friendless too n'ayant pas vocation à devenir un blog prosélyte, je rassure les autres quant au fait qu'il ne perdra pas sa modeste spécificité.

 

fdg.JPG

 

Salutations fraternelles !

Par almost-friendless-too - Publié dans : L'humeur aqueuse
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 17:37

Hasard (inintéressant, je le concède) du calendrier, mon premier concert du groupe Elysian Fields tombait pile entre un rapport ministériel controversé sur l’hypersexualisation et la Journée mondiale de la Femme. Mais à peine mon récit commencé, je m’égare. Sur le concept flou d’hypersexualisation et sur la Femme en général, je ne dirai donc rien de plus que ceci : lorsque le puissant dragon de la féminité se drape d’une non moins troublante esthétique, le mâle fasciné se tait. 

 

Nous nous pressons comme des sardines depuis trois bons quarts d’heure, dans une semi obscurité moite éclairée de clignotants rougeâtres, lorsque enfin l’orchestre débarque. Et par orchestre, j’entends véritablement orchestre, « classieux », avec son piano, son violoncelle, des réminiscences jazzy-classiques limpides qui tendent au sulfureux. Dans le coin supérieur gauche de la scène, la Belle toute de ténèbres diaphanes joue à cache-cache – il faut croire qu’Elle aime à se faire désirer. À tel point peut-être qu’au début, rien n’est en place – le son est horriblement mauvais. Mais bien vite, les affaires et les cœurs prennent.

 

 jc2.jpg

 

(Comme dans ces rêves étranges qu’on fait au petit matin en cuvant, vous voyez ?) 

 

On s’imprègne de l’ambiance érotico-mélancolique dégagée. Le rythme sourd, insidieux, fait battre la tête sans qu’on s’en aperçoive. C’est ainsi : une musique millimétrée que transcendent les sensations inspirées, le sex-appeal mi-naturel, mi-joué de miss Jennifer Charles, taquine, coquine, somptueusement décalée. Dans sa robe légère à fleurs entêtantes, élégamment moulante et décolletée, l’oracle semble prendre un interminable élan vers les couches orgasmiques de l’art, des lettres susurrées, du chaos tranquille que, depuis son visage poudreux, énigmatique, elle jauge avec amusement. Les mimiques de l’œil et de la bouche, les doigts qui glissent discrètement sur les hanches font transpirer les garçons. Quant à la voix, presque écrasante dans les premières minutes, avec ses assommants soupirs, elle se pose légèrement sur un fil dont elle ne redescendra jamais. On l’aime, d’emblée – comment pourrait-on faire autrement ? tout cela est tellement simple et fluide qu’on en oublierait presque la possibilité de l’explosion. Mais le groupe planque pour l’heure ses tripes sous des accords gracieusement fluets. À ce spectacle, il ne manque, hélas ! que la fumée des cigarettes qu’on aspirerait plus que de raison. Elysian Fields est bien taillé pour les petites salles dans le style de notre péniche (larguez les amarres !), pour les sphères de l’intime ombreux et du radieusement fantasmé.

 

Mon accompagnatrice, elle, n’a d’yeux que pour monsieur Oren, le charmant leader gratteux, qui sous son costard retire ses baskets pour mieux enfoncer les pédales. Les musiciens échangent leurs instruments, des invité(e)s arrivent, cependant que nous assistons, lentement mais sûrement, à une solide montée en puissance. Jennifer Charles, dont la présence outrageusement palpable (on voudrait tendre la main pour enlever ce cheveu accroché à son épaule) n’a d’égale que l’émotion mystico-érogène qu’elle suscite, impose sa sensuelle retenue à l’auditoire, nous fait vibrer sur ses cordes intérieures, jusqu’à une apothéose devinée (Can’t tell my friends) qui enfin éclate de toutes parts, fait craquer les corsets (Last night on earth).

 

SAM_2187---copie.JPG

 

Ce qu’on retire de telles expériences ne peut que péniblement être chroniqué. Il y a la part charnelle, la part spirituelle qui s’interpénètrent, comme dans une chambre à coucher chaude et humide pour laquelle des draps tirés au carré feraient figure d’insulte. Les parties musicales, elles aussi, sont de toute beauté, entre piano-jazz délicatement syncopé, guitare heurtée, contrebasse cognée, tout le vital tremblement, soigné y compris dans la brusquerie. On prierait pour que ça ne s’arrête jamais – mais il faut un terme, même aux extases élyséennes, n’est-ce pas ? 

 

(À noter : durant le rappel, ils se barrent avec une bouteille de pinard.) 

 

Pas moyen de quitter les lieux quand la musique s’est arrêtée. Non seulement on en reveut, mais il y a ce disque que je viens d’acheter, et que j’aimerais bien me faire dédicacer. Par chance, le monsieur est sympa, et la madame, qui décidément m’aura ce soir enseigné la patience, aussi. Une bière, quelques signatures grapillées et, de notre côté, la promesse que nous y reviendrons.

 

De la fumée derrière l’oreille, et la chair en bandoulière. 

 

SAM_2200.JPG

 

 

Oyster

Par almost-friendless-too - Publié dans : Concerts - Communauté : Musiques
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 12:51

Ce sont des limbes traversés çà et là de portions de corps monstrueuses ; des visages sans noms, des noms auxquels on est bien incapable de rattacher un visage ; des mots sans voix, contondants encore, mais tout à fait insaisissables, ou des intonations sans verbes, du sens impalpable qui continue de faire mal, parce qu’il a autrefois eu consistance… Le tronc décapité de la mémoire règne sur une cour d’école moribonde, où les lettres échangées naguère forment de petits tas de feuilles mortes, malodorantes souvent, tombées d’on ne sait quelles branches. La peinture du préau, incolore mais étrangement présente, s’écaille sensiblement, de minute en minute, cédant sous un vent d’avenir venu… de nulle part. De là où retournent les souvenirs, l’origine ou la fin, le cercle qui ne connaît ni vice ni vertu, calendrier sans but ainsi que la marelle tracée à la craie par terre. Poussière d'os. Les vastes palais de la mémoire ne sont plus que ce hangar à courants d’air, au-dessus duquel brille un bizarre soleil. Astre sans ciel, un peu doux, hagard surtout. On voudrait attraper ses rayons tristes pour ratisser toutes les feuilles.

 

 

 

Oyster

 

 

Par almost-friendless-too - Publié dans : Un titre - Communauté : Musiques
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 18:11

Et pour la première fois de sa vie, il se rend compte que le monde entier l’a oublié. C’est commode, l’oubli – on ne se rappelle au bon souvenir de personne. Il n’y a pas de bons souvenirs, seulement des fulgurances désagréables qu’on réprime. Tout passé est par nécessité mauvais.

Il sort dans le froid avec sa maladie dans les bras. Une main dans un carcan de plastique, l’autre sert à tenir une canne – une canne, à vingt ans, pensez donc ! C’est sans compter le cathéter fixé en travers de la gorge (parce que le thorax était trop maigre, il paraît), la démangeaison que ça fait à l’intérieur des veines du cou, et les somnifères parfum opium qui marinent dans le foie. Tout cela – maladie, médocs, malédiction de l’Oubli, tuyaux injectés de sang, tranquille schizophrénie – traverse l’avenue d’Italie où les marchands chinois se pressent avec des bâtons, et au bout des bâtons il y a des cadavres, des poulets morts, rôtis ou plutôt calcinés, qu’on ne distingue pas des passants renfrognés, avec leurs yeux de volaille, leurs ailes battantes de volaille effarouchée… Ils vous jettent des plumes ensanglantées dans vos quatre paires d'yeux.

Il se tire de chez lui (au sens "propre") pour la première fois depuis des mois, vingt points de suture dans un bras, quatre ou six dans la gorge et des empreintes bizarres aux commissures des lèvres, jusqu'au coeur littéralement violé qui tiraille, un sale goût de mécanique froide dans la bouche. Quand six personnalités différentes volent en éclats dans une tête, ça en fait soixante, plus l’odeur de sueur de trois médecins différents qui transpirent sur ses misérables carcasses.

Il claudique et entend un air strident, aigrelet tout au bout de cette saloperie d’avenue, où se dresse la structure inutilement tape à l'oeil d'un vague centre commercial. Rajuste son écharpe autour du cou pour que les autres ne voient pas les tuyaux qui en sortent. Le jour de son anniversaire, quelque part en février, on lui enlèvera tout ça – le fardeau caoutchouc qu’il se trimballe dans les entrailles depuis novembre – et imagine déjà la sensation que ça fait, quand on vous retire une artère artificielle du cou, sans anesthésie. Plutôt avoir la tête tranchée, d’un seul coup !

En attendant, ses soixante personnalités, guidées par la musique qui est sa seule intangible espérance depuis des mois, s’en vont au cinéma.

Premier contact avec le monde extérieur depuis le sordide épisode de la chaise roulante – non messieurs, à vingt ans tas de cons, je peux encore marcher jusqu’à chez moi. Si je tombe, ne me ramassez pas. Foutue(s) jeunesse(s). Dans le noir, les tubulures dans lesquelles on s’empêtre, les cachets amers, les membres estropiés, les mauvais souvenirs qu'on draine à loisir sur les boulevards, personne ne les remarquera.

 


 

 

Ils ne sont plus à plaindre dès lors qu'on tourne leur problème vers la blanche lumière de janvier. Oubliez-les.

 

Oyster


Par almost-friendless-too - Publié dans : Un titre - Communauté : Musiques
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés