E.T. - phone home

Publié le par almost-friendless-too

(J’ai fabriqué une machine. Je ne suis pourtant pas du genre bricoleur, mais je fais des caprices.  Des câbles, une antenne, beaucoup de ficelle et des bouts de plastique rouge.

J’avais quoi, sept ou huit ans : un télescope, une lampe de chevet, un de ces faux ordinateurs pour apprendre à écrire ; quand j’ai branché le tout, ayant au préalable rédigé un message grave mais amical aux étoiles adressé, des étincelles jaillirent à travers les volets et je me retrouvai d’un bond à l’autre bout de la pièce, cramoisi, sonné. Bang ! – les plombs avaient sauté. Des gens, dans la rue, se massèrent sous ma fenêtre pour connaître l’origine d’une telle détonation, et je n’osai, honteux, fier pourtant, me montrer pour les rassurer. Ils croyaient à une explosion de gaz et guettaient les fumées de l’incendie. Je souriais, je m’étais brûlé, et maintenant le message, l’appel à l’aide fonçait à travers l’espace – mon message ! J’étais heureux. Une voiture radiocommandée, sans piles, se mit toute seule à rouler, décrivant des cercles ésotériques sous la lampe fumante.)

 

Un piano limpide qui ouvre les hostilités, puis de solennelles cordes qui s’envolent... Je pleure, encore.

En entamant récemment une hasardeuse catégorie intitulée BO, j’avais celle-ci, sublime, intouchable en ligne de mire ; je me devais de la commenter, de gloser, d’expliciter en long en large et en travers le pourquoi et le comment, mais quoi – les choses de l’enfance ne se résument pas aussi facilement. Elles sont simplement là, ancrées dans un remuant coin de cervelle, fascinantes et fixement douloureuses, et toujours sujettes à mille interprétations oiseuses qui ne sauraient en aucune manière épuiser pleinement l’onirique densité des faits – ceux-ci, on le sait, sont non seulement têtus mais ils ont la dent dure ; et le premier qui touche à E.T., je le mords. J’ignore si je me fais bien comprendre : qu’on sache que cette musique, au moins autant que les émouvantes images qui l’accompagnent, m’introduisit à des univers insoupçonnés que la mémoire garde jalousement pour elle. Je fis, avec ces sons larmoyants, ces trompettes portées en apesanteur, rien moins que mon éducation. Moult fois, mon vélo dérapa et je me râpai les coudes. La lune, rebondie, envahissait mon regard. J’aurais aimé ne jamais descendre de mes rêves.

 

Je sais pertinemment qu’en postant cette simplette mélodie connue de tous, je m’expose aux commentaires les plus désobligeants, aux paroles aigres, aux quolibets. Qu’on m’opposera des arguments et des mots très adultes tels que « fable », « bons sentiments »,  « morale sirupeuse », etc. N’empêche que ces cordes évocatrices sont belles et tristes, que les plans du « communicateur » se montrèrent fort utiles et que j’eus même une réponse – alambiquée certes, mais une réponse, grand dieu !

C’est une autre histoire, que je vous raconterai peut-être un jour.

 

 

 

 

Blindboy

Publié dans BOF

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