Michniak - Pour qui sonne le tilt

Publié le par almost-friendless-too

 

« un Jack Daniel’s qui se distille

dans la main

comme une petite voiture »

 

Il y avait le Bogue de Programme. On a maintenant le Tilt de Michniak. Vous m’arrêtez si j’extrapole ?

 

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Bogue, le bug francisé, comme on dit courriel à la place de mail, vous voyez ? Eh bien là c’est une bécane qui tilte. Comme la première fois où j’ai joué au flipper dans un bar enfumé (parole d’ancien combattant : on pouvait fumer dans les bars, avant), j’avais huit ou neuf ans sous le regard attendri du paternel qui trempait (rituel dominical) sa moustache dans la bière : la machine a « tilté ». Ou bien cet après-midi là, c’était un automne interminable comme tous les automnes de l’enfance, à plus forte raison quand la dite enfance se résume à ce seul interminable automne : la Sega Mega Drive du copain, mince, elle « tilte » parce qu’on l’a trop secouée.

 

Littéralement, le bogue est moderne, ou disons contemporain, là où le tilt respire la nostalgie, ce qui bruisse tendrement tout au long de ce disque. Enfin, « tendrement », ça vaut pour l’habillement – très différent du précédent Arnaud Michniak (Poing Perdu) et des Programme(s). Notez d’ailleurs qu’Arnaud Michniak et Michniak tout court, c’est pas pareil, comme le Tempest de Bob Dylan n’a rien à voir avec The Tempest de Shakespeare (vous ne m’arrêtez toujours pas ? *). Pour le reste, les textes cinglent comme de coutume – « si tu avais quelque chose à me dire tu préfèrerais me le crier » –, seule la déclamation change, ce qui certes peut laisser pantois – Michniak, justement, ne crie pas. Il n’harangue pas comme dans Agent Réel, ne tire pas à vue comme dans L’Enfer Tiède, ne tresse pas une corde pour se pendre comme dans Poing Perdu, ce foutrement beau requiem (cet orgue ! dont on retrouve ici quelques nappes orageuses mais ourlées, délicates). De la rage qui s’effiloche, non pas apaisée mais chuchotée, ainsi qu’on murmure à l’oreille de l’enfant – ou du mourant –, à moins que ce ne soit l’enfant – ou le mourant – qui parle.

 

« j’hésite entre l’enfant et l’adulte

entre partir et renaître »

 

Jusque sur la pochette en forme de polaroïd, on sent cette nostalgie maladive. Nostalgie ultra-cohérente dont le socle voilé sédimente chaque titre auréolé de piano, avec quelques saillies nerveuses du style Ça tourne (audiovisuel, quand tu nous tiens…) ou Tandis que (là, ça perfore tranquillement, comme du post-Programme). On tombe même, en sillonnant (en vinyle, c’est plus facile) les veines de ce marbre délicat, sur un Pour qui sonne le tilt tubesque, d’où jaillissent quelques échos atténués du dansant Agent Réel (la chanson). Beaucoup de luminosité trouble, jaunie dans les coins comme les vieilles photographies qu’on ne ressort plus de la malle sous le sommier, et, dans un recoin des limbes souples traversées de croches noires et blanches, des plaies sèches mais béantes bourrées d’évidences mortifères : oui, on ne nous a pas appris à marcher, on nous a appris à tomber (je le souligne grassement). Enfin nous, quelques-uns faut croire, on est beaucoup mais on est à part. Encore que « on espère la multitude mais c’est déjà dur d’être deux ». Ou bien :

 

« c’est comme quand tu allumes la lumière en entrant dans une pièce

alors que ça fait quoi

une semaine que l’ampoule est grillée

tu le sais »

 

 

Il ne s’agit pas de s’apitoyer mais de dresser de froids constats, qui dans cette nouvelle production paraîtraient presque chauds et raffinés, tellement finalement on chérit nos maux, tellement on s’y vautre, on s’y love – beaucoup d’amour, dans ce disque. On ne remonte pas non plus jusqu’au temps béni de la Tragédie, on explore « seulement » l’Absurde, donc des limbes de proximité, quotidiennes, terrifiantes de banalité. « Ce qui nous distingue de nos prédécesseurs, c’est notre sans-gêne par rapport au Mystère : nous l’avons même débaptisé, de là est né l’Absurde » (voir ici). D’où sans doute « des claquettes dans un tsunami »…

 

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L'électrocardiogramme est inclus

 

 

* : « Personne ne m’arrêtera puisque je ne vais nulle part », j’ai pas fait exprès.

 

En définitive, Pour qui sonne le tilt m'évoque du cinéma d'auteur. Au début, je croyais que c'était de l'art abstrait, mais en l'écoutant je ne vois pas des tableaux, je vois des écrans (thématique d'ailleurs récurrente chez Michniak). Du cinoche Nouvelle nouvelle vague, et pour surfer c'est ici :


 Michniak - Pour qui sonne le tilt.

Publié dans Vers du nez

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azter 08/01/2013 21:45

lien pidshare plizzze !!! come on!